PRP dans l’arthrose : pourquoi deux tubes de sang et trois séances ? 2 octobre 2026

PRP dans l’arthrose : pourquoi deux tubes de sang et trois séances ?

Le protocole du Dr FAVAREL à Echo38 (Meylan), expliqué par la « dose de plaquettes »

Pour une arthrose du genou ou de la hanche, le Dr FAVAREL, prélève deux tubes de sang à chaque séance et programme trois séances à quatre semaines d’intervalle. Ce choix répond à une question que la recherche a beaucoup éclairée ces dernières années : combien de plaquettes faut-il réellement injecter dans une articulation pour que le traitement ait les meilleures chances de fonctionner ?

Tous les PRP ne se valent pas

Le PRP (plasma riche en plaquettes) est préparé à partir du sang du patient, centrifugé pour en concentrer les plaquettes. Mais le mot « PRP » recouvre des produits très différents. Selon le matériel utilisé, le volume de sang prélevé et le nombre d’injections, la quantité de plaquettes reçue par le patient varie énormément.

Dans les études consacrées à l’arthrose du genou, la dose totale allait d’environ 1,4 milliard à plus de 25 milliards de plaquettes [1]. Cet écart explique en partie pourquoi certaines études concluent que le PRP est efficace et d’autres non.

Ce que montrent les études : la dose compte

Plusieurs travaux récents vont dans le même sens.

  • Une revue de 29 études sur l’arthrose du genou a comparé les essais positifs et les essais négatifs. Les premiers avaient injecté en moyenne 5,5 milliards de plaquettes, les seconds 2,3 milliards [2].
  • Une seconde revue, portant sur 66 études dont 42 sur le genou, a calculé la dose totale reçue par les patients. C’est au-delà de 10 milliards de plaquettes que l’avantage du PRP sur les traitements de comparaison était le plus net à 6 mois, sur la fonction comme sur la douleur [1].
  • Une méta-analyse de 18 essais contre placebo (1 995 patients) confirme que le PRP apporte une amélioration réelle dans l’arthrose du genou, et que les PRP les plus riches en plaquettes donnent des résultats meilleurs et plus durables [3].
  • Dans un essai de 150 patients, une dose de 10 milliards de plaquettes a fait mieux que l’acide hyaluronique, avec un bénéfice maintenu à un an [4].
  • Dans un autre essai, 8 mL de PRP (5,65 milliards de plaquettes) ont donné de meilleurs résultats à 6 mois que 4 mL (2,82 milliards) [5].

Pour la hanche, les données sont moins nombreuses. Dans un essai randomisé, deux injections apportant au total environ 14 milliards de plaquettes ont fait mieux que l’acide hyaluronique seul à 6 mois, que le PRP soit utilisé seul ou associé à l’acide hyaluronique [1, 6].

La synthèse présentée par le Dr Don Buford

Au congrès international TOBI, consacré aux traitements orthobiologiques, le Dr Don Buford (Texas Orthobiologics, Dallas) a résumé ces données en deux seuils [11] :

  • pour une articulation (genou, hanche) : au moins 10 milliards de plaquettes au total ;
  • pour un tendon : au moins 3,5 milliards de plaquettes par injection.

Sa présentation indique deux façons d’atteindre l’objectif articulaire : une dose de 10 milliards en une fois, ce qui suppose de prélever 60 à 120 mL de sang, ou plus de 4 milliards de plaquettes répétés trois fois. Une revue italienne de 2025 arrive à la même règle : plus de 3,5 milliards par injection, et 10 à 12 milliards en cumulé sur l’ensemble des séances [7].

Sa conclusion tient en trois mots : comptez vos plaquettes.

Le calcul derrière le protocole

La dose de plaquettes se calcule simplement : concentration du PRP × volume injecté × nombre de séances [1].

Au cabinet, deux tubes donnent environ 12 mL de PRP par séance, soit 36 mL sur trois séances. Voici la concentration qu’il faudrait obtenir pour atteindre 10 milliards de plaquettes, selon le protocole choisi :

  • 1 tube, 1 séance (6 mL) : environ 1 670 000 plaquettes par microlitre ;
  • 2 tubes, 1 séance (12 mL) : environ 830 000 par microlitre ;
  • 1 tube, 3 séances (18 mL) : environ 560 000 par microlitre ;
  • 2 tubes, 3 séances (36 mL) : environ 280 000 par microlitre.

À titre de repère, le sang contient normalement entre 150 000 et 400 000 plaquettes par microlitre, et le PRP en contient davantage puisqu’il est concentré.

Le repère « plus de 4 milliards par séance, trois fois » correspond, avec 12 mL, à environ 330 000 plaquettes par microlitre.

Avec un seul tube, ou une seule séance, l’objectif de 10 milliards exigerait des concentrations très élevées, hors de portée dans la plupart des cas. Avec deux tubes et trois séances, il devient accessible. C’est la raison du protocole.

Pourquoi trois séances plutôt qu’un seul gros prélèvement

Le Dr FAVAREL a choisi de fractionner la dose, pour trois raisons.

  1. Une marge de sécurité. Atteindre 10 milliards en une seule injection suppose de prélever 60 à 120 mL de sang et, avec 60 mL, de récupérer plus de 80 % des plaquettes [11]. En répartissant la dose sur trois séances, l’objectif ne dépend plus d’un rendement aussi élevé.
  2. Trois injections font mieux qu’une. Une méta-analyse de 7 essais (575 patients) montre que trois injections de PRP soulagent mieux la douleur à 12 mois qu’une injection unique, sans plus d’effets indésirables [8].

Ce que la science ne dit pas encore

Le Dr FAVAREL tient à présenter ces données avec honnêteté.

  • Le seuil de 10 milliards vient de la comparaison d’études très différentes entre elles, et non d’essais conçus pour tester ce chiffre. Dans la revue qui l’a proposé, l’avantage des fortes doses n’était plus statistiquement démontré à 12 mois [1].
  • Plus n’est pas forcément mieux. Une méta-analyse de 2026, dont le Dr Buford est co-auteur, trouve les meilleurs gains fonctionnels face à l’acide hyaluronique pour des doses comprises entre 5 et 10 milliards [9]. L’objectif est donc d’être autour de 10 milliards, pas de dépasser ce chiffre le plus possible.
  • On ne sait pas encore si une dose donnée en une seule fois équivaut exactement à la même dose répartie sur trois séances. Les revues additionnent les séances pour calculer la dose totale [1], mais cette équivalence reste à confirmer.
  • Pour la hanche, les études sont encore peu nombreuses.
  • La dose n’est pas tout. Le stade de l’arthrose, le poids, l’activité physique et la rééducation comptent autant. Les recommandations américaines publiées en 2026 recommandent d’ailleurs d’envisager le PRP dans les arthroses du genou légères à modérées qui restent gênantes malgré les traitements habituels [10].

En pratique à Echo38

  • Deux tubes de sang sont prélevés à chaque séance.
  • Trois séances sont réalisées à quatre semaines d’intervalle.
  • Une bonne hydratation est demandée la veille et l’avant-veille (au moins 3 litres d’eau par jour).
  • Les anti-inflammatoires et les corticoïdes sont à éviter une semaine avant et trois semaines après chaque injection.

Ces éléments sont expliqués lors de la consultation de pré-infiltration, qui permet aussi de vérifier que le PRP est bien indiqué.

 

Références

  1. Berrigan W, Tao F, Kopcow J, Park AL, Allen I, Tahir P, Reddy A, Bailowitz Z. The effect of platelet dose on outcomes after platelet rich plasma injections for musculoskeletal conditions: a systematic review and meta-analysis. Curr Rev Musculoskelet Med. 2024;17(12):570-588. PMID 39331322. PMCID PMC11652557.
  2. Berrigan WA, Bailowitz Z, Park A, Reddy A, Liu R, Lansdown D. A greater platelet dose may yield better clinical outcomes for platelet-rich plasma in the treatment of knee osteoarthritis: a systematic review. Arthroscopy. 2025;41(3):809-817.e2. PMID 38513880.
  3. Bensa A, Previtali D, Sangiorgio A, Boffa A, Salerno M, Filardo G. PRP injections for the treatment of knee osteoarthritis: the improvement is clinically significant and influenced by platelet concentration: a meta-analysis of randomized controlled trials. Am J Sports Med. 2025;53(3):745-754. PMID 39751394. PMCID PMC11874499.
  4. Bansal H, Leon J, Pont JL, Wilson DA, Bansal A, Agarwal D, Preoteasa I. Platelet-rich plasma (PRP) in osteoarthritis (OA) knee: correct dose critical for long term clinical efficacy. Sci Rep. 2021;11(1):3971. PMID 33597586. PMCID PMC7889864.
  5. Patel S, Gahlaut S, Thami T, Chouhan DK, Jain A, Dhillon MS. Comparison of conventional dose versus superdose platelet-rich plasma for knee osteoarthritis: a prospective, triple-blind, randomized clinical trial. Orthop J Sports Med. 2024;12(2):23259671241227863. PMID 38410168. PMCID PMC10896053.
  6. Nouri F, Babaee M, Peydayesh P, Esmaily H, Raeissadat SA. Comparison between the effects of ultrasound guided intra-articular injections of platelet-rich plasma (PRP), high molecular weight hyaluronic acid, and their combination in hip osteoarthritis: a randomized clinical trial. BMC Musculoskelet Disord. 2022;23(1):856. PMCID PMC9464606. DOI 10.1186/s12891-022-05787-8.
  7. Corsini A, Perticarini L, Palermi S, Bettinsoli P, Marchini A. Re-evaluating platelet-rich plasma dosing strategies in sports medicine: the role of the « 10 billion platelet dose » in optimizing therapeutic outcomes. A narrative review. J Clin Med. 2025;14(8):2714. PMID 40283544. PMCID PMC12027823.
  8. Tao X, Aw AAL, Leeu JJ, Bin Abd Razak HR. Three doses of platelet-rich plasma therapy are more effective than one dose of platelet-rich plasma in the treatment of knee osteoarthritis: a systematic review and meta-analysis. Arthroscopy. 2023;39(12):2568-2576.e2. PMID 37236291.
  9. Hooper N, Shapiro S, Paidsetty V, Azarpey A, Jindal A, Mautner K, Easley K, Buford D, Sussman W, Jayaram P. Platelet-rich plasma outcomes in knee osteoarthritis are associated with the amount of total deliverable platelets: a systematic review and meta-analysis. PM R. 2026;18(2):210-222. PMID 40980837.
  10. Borg-Stein J, Jayaram P, et al. AAPM&R guidance statement on platelet rich plasma for knee osteoarthritis. PM R. 2026;18 Suppl 2:S20-S35. PMID 41989317. DOI 10.1002/pmrj.70144.
  11. Buford D. Evidence-based dosing standards. Communication orale, congrès TOBI. [intitulé exact du congrès et date à préciser]
Toutes les actualités