Infiltrations de corticoïdes : « 3 ou 4 par an maximum » — la fausse croyance qu’on répète sans l’expliquer 7 septembre 2026
Titre : Infiltrations de corticoïdes : « 3 ou 4 par an maximum » — la fausse bonne idée qu’on répète sans l’expliquer
Cette petite phrase, tout le monde l’a déjà entendue en fin de consultation : « attention, pas plus de 3 ou 4 infiltrations par an dans la même articulation ». Elle circule partout — chez le généraliste, le rhumatologue, le chirurgien, sur les forums, dans les notices patients. Elle a l’air sérieuse, presque réglementaire. Le problème, c’est qu’elle n’a jamais reposé sur une vraie démonstration scientifique. C’est un chiffre transmis de génération en génération de médecins, sans que personne n’ait jamais prouvé que 3 c’est bien et que 5 c’est dangereux.
Le Dr FAVAREL pratique des infiltrations écho-guidées tous les jours à son cabinet Echo38, à Meylan. Et cette règle du « 3-4 par an » mérite d’être clarifiée — parce qu’elle fait croire aux patients qu’il existe une frontière scientifique nette entre le raisonnable et le risqué, alors que la réalité est beaucoup plus nuancée.
D’où vient vraiment ce chiffre ?
Une revue de la littérature internationale et française sur le sujet est éclairante. Ce « 3 à 4 par an » est un chiffre d’usage, repris depuis des décennies de recommandation en recommandation, sans qu’aucune étude n’ait jamais comparé directement « 3 infiltrations par an » à « 5 » ou « 6 » pour déterminer laquelle est la plus sûre. Même les publications les plus sérieuses sur le sujet le reconnaissent noir sur blanc : les données manquent, et ce seuil vient surtout de l’extrapolation de pratiques anciennes, pas d’essais cliniques dédiés.
Le grand guide international de référence sur les infiltrations articulaires, publié en 2025-2026 par les principales sociétés savantes américaines de médecine de la douleur, ne fixe d’ailleurs pas ce fameux plafond de « 3 ou 4 » comme une règle absolue. Il insiste plutôt sur autre chose : les doses de corticoïdes utilisées en pratique courante sont souvent trop élevées par rapport à ce qui est réellement nécessaire pour être efficace. Le vrai sujet n’est pas « combien de fois », mais « combien de produit à chaque fois » — et surtout, dans quelle articulation, chez quel patient, avec quel geste.
Et la Société Française de Rhumatologie, elle dit quoi ?
C’est là que ça devient intéressant. La Société Française de Rhumatologie a publié en 2022 ses recommandations officielles sur les infiltrations ostéoarticulaires de corticoïdes. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, elle ne dit pas « 3 par an, pas plus ». Sa position est en réalité beaucoup plus fine : avant de renouveler une infiltration, il faut réévaluer à chaque fois la balance bénéfice/risque, en tenant compte de l’efficacité et de la tolérance des infiltrations précédentes. Pas un chiffre couperet — une évaluation individuelle, articulation par articulation, patient par patient.
C’est exactement ce que la médecine devrait faire, et c’est exactement ce que le raccourci « 3 ou 4 max » empêche de faire correctement.
Les infiltrations de corticoïdes, c’est totalement anodin pour autant ?
Non, et il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse. Il existe de vraies données scientifiques montrant que des infiltrations répétées et rapprochées dans le temps, notamment au genou, peuvent avoir un effet négatif sur le cartilage à long terme. Une étude de référence a par exemple suivi des patients recevant une infiltration de corticoïde tous les 3 mois pendant 2 ans, et a observé une usure du cartilage plus marquée que chez ceux recevant une simple injection de sérum physiologique, sans que la douleur soit mieux soulagée pour autant. D’autres travaux ont associé les infiltrations répétées à un risque un peu plus élevé de devoir recourir, plus tard, à une prothèse.
La prudence a donc du sens. Mais la vraie question n’est pas « a-t-on dépassé 3 dans l’année ? », c’est : est-ce que cette articulation-là, avec cette pathologie-là, a vraiment besoin d’être réinjectée maintenant, et avec quel geste, quel produit, quelle dose ? C’est une décision médicale individualisée, pas un compteur.
Pourquoi le Dr FAVAREL pratique parfois 3 gestes en 3 semaines
C’est là que la règle du « 3-4 par an » montre toutes ses limites. Dans la capsulite rétractile de l’épaule (l' »épaule gelée »), le Dr FAVAREL pratique un protocole de capsulodistension en trois temps, à une semaine d’intervalle : bloc du nerf supra-scapulaire, distension de la capsule articulaire, puis injection cortisonée écho-guidée, répétés à J0, J7 et J14. Ce protocole, utilisé depuis 2019 sur plusieurs centaines de patients, n’a strictement rien à voir avec « 3 infiltrations classiques au petit bonheur la chance sur l’année ». C’est un geste coordonné, pensé comme une séquence thérapeutique unique, sous guidage échographique précis, avec un objectif fonctionnel clair : redonner de la mobilité à une épaule bloquée.
En appliquant bêtement la règle du « 3 par an maximum » à la lettre, sans réfléchir au contexte, ce protocole n’existerait tout simplement pas — alors qu’il a permis à un grand nombre de patients de retrouver une épaule mobile là où les approches plus timides n’avaient rien changé.
Ce qu’il faut retenir
Le « 3 ou 4 infiltrations par an maximum » n’est pas une loi de la physique ni une donnée scientifique validée par des essais cliniques comparatifs. C’est un repère pratique, hérité de l’histoire de la médecine, que beaucoup répètent sans le remettre en question. La médecine pratiquée chaque jour au cabinet Echo38 ne compte pas les infiltrations sur les doigts d’une main : elle évalue, à chaque geste, si le bénéfice attendu justifie le risque pris, pour cette articulation-là, chez ce patient-là.
Dr FAVAREL — Echo38, cabinet d’échographie ostéoarticulaire, Meylan (près de Grenoble)