Dupuytren et diabète : comprendre un lien désormais bien établi 2 février 2026

Les patients diabétiques développent plus fréquemment une maladie de Dupuytren, et cette association est aujourd’hui largement documentée. Le diabète modifie la structure du tissu conjonctif, favorise la rigidification des fibres et augmente la probabilité d’apparition d’un nodule palmaire. Cette page, rédigée d’après l’expérience du Dr Favarel, spécialiste du Dupuytren à Grenoble, détaille les mécanismes qui expliquent ce lien, les formes spécifiques observées chez les patients diabétiques et l’importance d’un suivi adapté.

Pourquoi le diabète augmente-t-il le risque de développer un Dupuytren ?

Le diabète est un facteur de risque reconnu de la maladie de Dupuytren, et plusieurs mécanismes biologiques expliquent cette association. Dans le diabète, les tissus conjonctifs subissent un phénomène appelé glycation, où des molécules de glucose se fixent durablement sur les fibres de collagène. Ce processus rend le tissu plus rigide et moins élastique, favorisant la formation de nodules fibrotiques. De plus, les microvaisseaux de la paume peuvent être altérés par la microangiopathie diabétique : cette diminution de la vascularisation locale crée un environnement propice à la prolifération des myofibroblastes, les cellules responsables de la rétraction dans le Dupuytren. Enfin, les variations métaboliques et l’inflammation chronique de bas grade observées dans le diabète peuvent accélérer la transformation du tissu fibreux. Ainsi, chez les patients diabétiques, l’aponévrose palmaire est plus susceptible de se modifier, même en l’absence de facteur familial, expliquant la fréquence accrue du Dupuytren dans cette population.

Des formes souvent bilatérales, multiples et plus diffuses

Chez les patients diabétiques, la maladie de Dupuytren présente des caractéristiques spécifiques. Elle est fréquemment bilatérale, c’est-à-dire présente dans les deux mains, même si l’un des côtés peut être plus marqué. Les nodules sont parfois multiples, de taille variable, et peuvent apparaître plus diffusément sur la paume. Contrairement aux formes héréditaires, les formes diabétiques ne sont pas forcément plus agressives, mais elles ont tendance à progresser de manière régulière. Les patients constatent souvent une gêne fonctionnelle modérée au début, avec une perte d’extension discrète mais symétrique. Les formes diabétiques peuvent être associées à d’autres manifestations fibrotiques liées au diabète, comme le doigt à ressaut ou le syndrome de la main raide. Cette association de pathologies rend parfois le diagnostic plus subtil, et nécessite un examen précis pour distinguer la fibrose aponévrotique d’une atteinte tendineuse ou capsulaire.

L’importance du contrôle glycémique dans l’évolution du Dupuytren

Bien que le diabète ne “cause” pas directement le Dupuytren, un mauvais équilibre glycémique peut en accélérer l’évolution. Une glycémie élevée favorise la glycation du collagène et augmente la rigidité du tissu conjonctif. De nombreux patients rapportent une aggravation plus rapide de la contracture lorsqu’ils traversent des périodes de déséquilibre diabétique. À l’inverse, un contrôle glycémique optimal contribue à stabiliser la fibrose et à ralentir l’apparition de nouveaux nodules. Cette stabilisation n’empêche pas la maladie de se développer, surtout en présence d’un terrain héréditaire, mais elle permet d’en limiter l’évolution. Lorsqu’un patient diabétique présente un début de Dupuytren, le spécialiste recommande souvent un suivi régulier et coordonné entre médecin traitant, diabétologue et spécialiste de la main. L’objectif est d’agir au meilleur moment, avant que la contracture ne devienne trop importante.

Les implications pour le traitement : mini-invasif et surveillance adaptée

Le traitement du Dupuytren chez le patient diabétique suit les mêmes principes que chez les autres patients, mais avec quelques particularités. Les techniques mini-invasives (aponévrotomie percutanée, gestes échoguidés) sont privilégiées, car elles limitent les complications potentielles liées à la cicatrisation parfois plus lente dans le diabète. L’évaluation de la rétraction doit être régulière, car la progression peut être progressive mais continue. L’échographie joue un rôle clé pour distinguer les cordons actifs des cordons anciens ou cicatriciels. Enfin, la surveillance post-traitement est essentielle pour détecter précocement une éventuelle récidive, plus fréquente chez les patients présentant un diabète mal équilibré. Une prise en charge multidisciplinaire, associant optimisation glycémique et traitement local, permet d’obtenir les meilleurs résultats fonctionnels.

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