Maladie de Dupuytren : comprendre la fibrose palmaire et son évolution 2 février 2026
La maladie de Dupuytren est une affection chronique de la main qui touche l’aponévrose palmaire, un tissu fibreux situé juste sous la peau. Elle se manifeste par la formation de nodules et de cordons qui entraînent progressivement une rétraction des doigts. Souvent indolore au début, elle peut évoluer vers une gêne fonctionnelle importante. Cette page vise à expliquer en détail les mécanismes de cette maladie, ses premiers signes, ses causes et son évolution naturelle, telle qu’elle est observée en pratique médicale.
Définition médicale : une fibromatose palmaire évolutive
La maladie de Dupuytren appartient au groupe des fibromatoses, pathologies caractérisées par une prolifération excessive du tissu fibreux. Dans ce cas précis, la fibrose touche l’aponévrose palmaire superficielle, structure essentielle à la stabilité de la peau de la main. Sous l’effet de facteurs encore imparfaitement compris, certains fibroblastes se transforment en un tissu de collagène rigide. Cette évolution conduit à la formation de nodules fermes dans la paume, souvent indolores dans un premier temps. Progressivement, ces nodules s’organisent en cordons fibreux qui s’alignent sur l’axe d’un doigt ou plusieurs. Lorsque ces cordons se raccourcissent, ils provoquent une flexion irréductible de l’articulation, entraînant une perte d’extension. La maladie n’est pas inflammatoire, et ne touche ni les tendons ni les articulations, bien que ses conséquences soient fonctionnellement importantes.
Mécanisme d’évolution : du nodule au cordon rétracté
L’évolution typique de la maladie suit une séquence en trois temps. Le premier est l’apparition d’un nodule, discret, ferme, sous-cutané, souvent repéré fortuitement par le patient. Ce nodule reflète la phase initiale de prolifération cellulaire. La deuxième étape correspond à la constitution d’un cordon fibreux : le tissu collagène se réorganise selon l’axe du doigt, perd en élasticité et devient progressivement palpable comme une bande rigide tendue dans la paume. Ce cordon peut rester stable plusieurs années ou évoluer rapidement selon les facteurs individuels. La troisième étape, la plus significative sur le plan fonctionnel, est la rétraction : le cordon se raccourcit sous l’action des myofibroblastes, entraînant une perte d’extension de l’articulation métacarpophalangienne ou interphalangienne proximale. Cette évolution entraîne souvent l’impossibilité de poser la main à plat, puis une gêne pour attraper, serrer ou manipuler des objets. La trajectoire évolutive varie selon les patients.
Qui développe la maladie : facteurs démographiques et profils typiques
La maladie de Dupuytren touche principalement les hommes après 50 ans, avec une prédominance marquée dans les populations d’origine nord-européenne. Le risque augmente avec l’âge, mais certaines formes apparaissent précocement, notamment chez les patients présentant une prédisposition familiale. Le diabète constitue un facteur de risque bien documenté. Certaines professions impliquant des microtraumatismes répétés, comme les métiers du bâtiment ou les activités utilisant des vibrations, sont également associées à une fréquence accrue. Les antécédents familiaux doublent voire triplent le risque de développer la maladie, suggérant une transmission génétique partielle. Enfin, la prévalence augmente chez les personnes souffrant d’autres fibromatoses, comme la maladie de Ledderhose au niveau du pied ou la maladie de La Peyronie à la verge chez les hommes uniquement. Ces facteurs expliquent les profils variés observés en consultation, depuis les formes isolées stables jusqu’aux formes rétractées d’évolution rapide.
Impact fonctionnel et importance du diagnostic précoce
L’impact de la maladie de Dupuytren dépasse largement la simple gêne esthétique. Lorsque le cordon fibreux se rétracte, il empêche l’ouverture complète de la main, limitant des gestes essentiels tels que poser la main à plat, saisir des objets larges ou effectuer des mouvements d’appui. Certains patients décrivent une gêne lors de la poignée de main, de la natation, de la pratique d’instruments de musique ou du port de charges. Plus la rétraction progresse, plus les compensations deviennent nécessaires, entraînant fatigue, inconfort et diminution de l’amplitude de mouvement. Un diagnostic précoce permet d’établir une surveillance adaptée, de mesurer régulièrement la perte d’extension et d’intervenir au moment opportun. Une prise en charge trop tardive peut complexifier la prise en charge thérapeutique et allonger la récupération fonctionnelle. C’est pourquoi la reconnaissance des premiers signes joue un rôle essentiel dans l’organisation du parcours de soins.
Évolution naturelle : lente, rapide ou par paliers
L’évolution naturelle de la maladie de Dupuytren est imprévisible et varie considérablement d’un patient à l’autre. Certaines formes restent stables pendant plusieurs années, avec un nodule qui ne progresse pas. D’autres évoluent par paliers, alternant phases de stabilité et accélérations soudaines, notamment en cas de facteurs aggravants. Comme le diabète mal équilibré ou l’exposition répétée aux vibrations. Enfin, certaines formes dites « agressives » évoluent rapidement en particulier chez les sujets jeunes ou présentant une forte prédisposition héréditaire. La surveillance régulière, une mesure de l’extension des doigts et une échographie, est essentielle pour déterminer le moment optimal d’une intervention. L’objectif est d’agir suffisamment tôt pour restaurer la fonction, sans intervenir inutilement sur des formes stables.