Microtraumatismes de la main : quel rôle dans la maladie de Dupuytren ? 2 février 2026
De nombreux patients exerçant un métier manuel ou utilisant des outils vibrants observent l’apparition ou l’aggravation d’un Dupuytren. Les microtraumatismes répétés de la paume ne créent pas la maladie à eux seuls, mais ils constituent un facteur d’accélération documenté. Cette page, rédigée selon l’expérience clinique du Dr Favarel (Grenoble), explique comment ces traumatismes influencent la fibrose palmaire, quelles professions sont les plus exposées et pourquoi la surveillance doit être adaptée dans ces contextes.
Comment les microtraumatismes répétés agissent sur l’aponévrose palmaire
L’aponévrose palmaire est un tissu fibreux conçu pour résister à la tension, mais elle peut être fragilisée par des microtraumatismes répétés. À force d’appuis, de pressions ou de vibrations, de petites lésions apparaissent dans la structure du collagène. Ces micro-lésions entraînent une réaction de réparation, qui stimule la prolifération des fibroblastes. Chez un patient prédisposé génétiquement, ces fibroblastes peuvent se transformer en myofibroblastes, cellules responsables de la rétraction du tissu. Ces stimuli répétés agissent alors comme un déclencheur ou un accélérateur de la maladie. Ce mécanisme explique pourquoi certains patients travaillant avec des outils vibrants, des machines de chantier ou des marteaux constatent l’apparition rapide d’un nodule. Il explique également pourquoi la maladie peut évoluer par “poussées”, avec une aggravation survenant après une période de sollicitations intenses. Les microtraumatismes n’agissent pas sur les tendons mais sur le tissu fibro-aponévrotique lui-même.
Métiers et activités les plus exposés : travaux publics, artisanat, outils vibrants
Certains métiers sont particulièrement exposés aux microtraumatismes répétés. Les travailleurs utilisant des marteaux-piqueurs, perforateurs, ponceuses ou meuleuses sont parmi les plus concernés, du fait des vibrations transmises directement dans la paume. Les métiers du bâtiment, comme la maçonnerie, la charpenterie ou la serrurerie, sollicitent également fortement la main avec des appuis répétés et des prises fermes prolongées. Les mécaniciens, les agriculteurs et les techniciens de maintenance peuvent aussi développer un Dupuytren plus rapidement que la moyenne. Les microtraumatismes ne sont pas réservés aux métiers manuels : certaines pratiques sportives (rame, escalade, aviron, sports de combat) ou loisirs (bricolage intensif, jardinage avec outils lourds) exercent également une pression répétée sur la paume. Lorsqu’un patient exerce l’un de ces métiers ou activités, le spécialiste doit tenir compte de ce contexte pour comprendre la progression observée et adapter la surveillance, souvent plus rapprochée.
Les microtraumatismes ne suffisent pas : rôle du terrain génétique et métabolique
Un point important : les microtraumatismes seuls ne provoquent pas le Dupuytren. Ils ne font qu’agir comme un facteur déclenchant ou aggravant sur un terrain prédisposé. Sans terrain génétique, métabolique ou biologique favorable, les traumatismes répétés ne suffisent généralement pas à déclencher une fibrose significative. C’est la combinaison de ces traumatismes avec un tissu conjonctif déjà sensible qui favorise la prolifération des myofibroblastes. Cette interaction explique pourquoi deux personnes exerçant le même métier peuvent avoir des évolutions complètement différentes : l’une développe un nodule rapidement, l’autre jamais. Comprendre ce rôle d’accélérateur permet de mieux informer les patients et de leur proposer des mesures simples pour limiter les sollicitations excessives. Cela permet aussi de mieux cibler le moment d’une éventuelle intervention mini-invasive, notamment lorsque les sollicitations professionnelles ne peuvent pas être réduites.
Comment adapter la surveillance et prévenir l’aggravation ?
Chez les patients exposés aux microtraumatismes, la surveillance doit être plus régulière, car les poussées évolutives peuvent être plus soudaines. Le spécialiste peut recommander des périodes d’observation rapprochées, notamment si un nodule récent apparaît ou si une tension matinale s’accentue. Pour les patients ne pouvant pas réduire l’exposition (métiers du BTP, industrie, maintenance), l’utilisation de gants anti-vibrations ou de poignées amortissantes peut réduire l’impact des chocs. La prévention passe également par l’identification précoce du cordon, la mesure régulière de l’extension et la réalisation du test de la table. Lorsqu’un patient exerce une activité sollicitante et que l’évolution est rapide, un geste mini-invasif peut être indiqué avant que la contracture ne devienne trop importante. L’objectif est de maintenir la fonction et d’éviter une gêne croissante dans les gestes professionnels quotidiens.