Trouble neurologique fonctionnel : des symptômes bien réels, sans lésion visible 8 octobre 2026
Trouble neurologique fonctionnel : des symptômes bien réels, sans lésion visible
Une jambe qui ne répond plus, des tremblements, des malaises, une fatigue écrasante… et des examens qui reviennent normaux. Cette situation porte un nom : le trouble neurologique fonctionnel (TNF). Fréquent, authentique et accessible à une prise en charge, il reste pourtant mal connu. Le point, à partir du livret d’information des Hospices Civils de Lyon et de la littérature scientifique.
Un problème de fonctionnement, pas de lésion
Le TNF correspond à un dérèglement des réseaux cérébraux qui commandent le mouvement, les sensations, l’équilibre ou la mémoire, sans qu’aucune lésion ne soit retrouvée. L’image la plus parlante est celle de l’ordinateur : le matériel est intact, c’est le logiciel qui fonctionne mal.
Les manifestations varient beaucoup d’une personne à l’autre : faiblesse ou paralysie d’un membre, mouvements involontaires, troubles de la marche, crises ressemblant à de l’épilepsie, vertiges persistants, difficultés à parler, troubles de la mémoire et de la concentration, souvent accompagnés de douleurs et de fatigue [4].
Un point essentiel : ces symptômes ne sont ni imaginés ni simulés. Ils sont involontaires. Le trouble figure dans les classifications internationales des maladies, et le terme « fonctionnel » a remplacé celui de « psychogène » : un stress psychologique n’est plus exigé pour poser le diagnostic [3].
Un motif de consultation très courant
Dans une étude écossaise portant sur 3 781 nouveaux patients de neurologie, les symptômes fonctionnels et psychologiques représentaient 16 % des diagnostics, au deuxième rang derrière les maux de tête (19 %) [1]. Plus largement, près d’un patient sur trois (30 %) présentait des symptômes que la maladie organique n’expliquait pas, ou seulement en partie [2].
Un diagnostic positif, et non « par défaut »
Il ne repose pas sur le simple fait que « les examens sont normaux », mais sur des signes précis recherchés à l’examen clinique, comme le signe de Hoover dans les faiblesses de la jambe [3].
Ce diagnostic est fiable. Dans la même cohorte écossaise, sur 1 030 patients revus à distance, seuls 4 (0,4 %) avaient finalement une maladie organique inattendue expliquant leurs symptômes de départ [2].
Ce que la recherche observe dans le cerveau
L’imagerie fonctionnelle a montré des différences de fonctionnement entre les personnes atteintes et les sujets témoins : activité excessive des circuits des émotions, activité réduite de zones qui préparent le mouvement, et perturbation des réseaux qui donnent le sentiment d’être l’auteur de ses gestes [3, 4]. Ces données expliquent pourquoi le symptôme échappe à la volonté.
Pourquoi ce trouble apparaît, et pourquoi il dure
Les causes sont multiples et propres à chacun. Trois familles de facteurs se combinent :
- des facteurs de vulnérabilité : événements de vie difficiles, antécédents neurologiques ou médicaux ;
- des facteurs déclenchants : traumatisme physique, maladie, émotion forte, parfois impossibles à identifier ;
- des facteurs d’entretien : des habitudes qui ont aidé à s’adapter un temps, mais qui alimentent ensuite le trouble.
Les difficultés psychologiques sont un facteur de risque fréquent, mais elles sont souvent absentes [4].
Une prise en charge active
Le TNF est une source de handicap potentiellement réversible [3]. La prise en charge commence par un diagnostic précoce et clairement expliqué, puis associe selon les besoins :
- un suivi neurologique et psychiatrique ;
- une rééducation : kinésithérapie, orthophonie, psychomotricité. Un consensus d’experts recommande une kinésithérapie fondée sur l’explication, le réapprentissage du mouvement et l’autonomie du patient [5] ;
- une psychothérapie.
Les données soutiennent une approche pluridisciplinaire et personnalisée [4], même si les essais cliniques restent encore limités [3]. Le programme des Hospices Civils de Lyon la résume en quatre étapes : comprendre, identifier, soulager, agir.
Le regard du Dr FAVAREL
À Echo38, l’échographie ostéo-articulaire explore des douleurs, des pertes de force ou des blocages du systeme musculo squeletique. Il arrive que l’examen soit normal, ou que les anomalies visibles ne suffisent pas à expliquer la gêne. Pour le Dr FAVAREL, une échographie normale ne veut pas dire « il n’y a rien » : elle écarte une cause locale et invite à chercher ailleurs. Le diagnostic de TNF ne relève pas de l’échographie mais d’un diagnostic clinique. C’est votre symptome qui prime.
Où s’adresser en Auvergne-Rhône-Alpes
Les Hospices Civils de Lyon ont mis en place une équipe dédiée (PULS-TNF, Hôpital Pierre Wertheimer, Bron). Le programme est déployé à l’échelle de la région avec le soutien des CHU de Grenoble, Saint-Étienne et Clermont-Ferrand. Un courrier médical est nécessaire.
Livret d’information des HCL : https://www.chu-lyon.fr/sites/default/files/plaquette-infos-tnf.pdf
Références
- Stone J, Carson A, Duncan R, et al. Who is referred to neurology clinics? The diagnoses made in 3781 new patients. Clin Neurol Neurosurg. 2010;112(9):747-751. PMID : 20646830.
- Stone J, Carson A, Duncan R, et al. Symptoms « unexplained by organic disease » in 1144 new neurology out-patients: how often does the diagnosis change at follow-up? Brain. 2009;132(10):2878-2888. PMID : 19737842.
- Espay AJ, Aybek S, Carson A, et al. Current Concepts in Diagnosis and Treatment of Functional Neurological Disorders. JAMA Neurol. 2018;75(9):1132-1141. PMID : 29868890 ; PMCID : PMC7293766.
- Hallett M, Aybek S, Dworetzky BA, McWhirter L, Staab JP, Stone J. Functional neurological disorder: new subtypes and shared mechanisms. Lancet Neurol. 2022;21(6):537-550. PMID : 35430029 ; PMCID : PMC9107510.
- Nielsen G, Stone J, Matthews A, et al. Physiotherapy for functional motor disorders: a consensus recommendation. J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2015;86(10):1113-1119. PMID : 25433033 ; PMCID : PMC4602268.
- Hospices Civils de Lyon. Livret d’information sur les troubles neurologiques fonctionnels. Mai 2023.
Trois points à valider :
- Le paragraphe « Le regard du Dr FAVAREL » est de ma rédaction pour faire le lien avec votre pratique ; corrigez-le s’il ne reflète pas votre position.
- Le chiffre de 30 % du livret : il correspond aux symptômes non ou partiellement expliqués par une maladie organique, dont les symptômes de conversion ne forment qu’une partie (18 % de ce groupe). Je l’ai donc formulé ainsi, et non comme la fréquence du TNF lui-même.
- Les coordonnées de l’équipe lyonnaise (téléphone, mail) : je ne les ai pas reprises, car le livret date de mai 2023 et l’adresse mail y est mal lisible ; le lien vers le livret les remplace.
